Je Consomme Donc Je Suis Dissertation

Comme la plus heureuse personne du monde est celle à qui peu de choses suffit, les grands et les ambitieux sont en ce point les plus misérables qu’il leur faut l’assemblage d’une infinité de biens pour les rendre heureux. »      -La Rochefoucauld

Quel est l’intérêt de nos maîtres financiers ?

Dominer. Posséder un maximum de richesses c’est affirmer sa toute puissance. Leurs buts: la préserver en la rentabilisant. Dans leur jargon: tirer profit. Et comment peut-on au mieux tirer profit sinon en dépouillant autrui ?

Dépouiller brutalement en pillant les matières premières de ceux qui, chez eux, naissent perdants d’un jeu auquel ils n’ont jamais souhaité participer. Là de l’or, ici du coton ; je viens je m’approprie, je dépossède et je vole, puis je prête car j’infrastructure, j’exploite et j’endette. Enfin je spécule. Voilà une main d’œuvre, elle bien visible, et surtout bon marché qui ne demande qu’à travailler pour survivre sur une terre que l’on a corrompue à force de mondialiser. Voilà des hommes devenus superficiels : ils n’ont d’intérêt que dans le capital qu’ils représentent. Voilà les esclaves du marché, descendants d’esclaves de race et qui travaillent comme tels, utiles car rentables à l’enrichissement d’un maître rentier qui n’a que faire des leçons d’histoire et de morale. Elles ne lui rapportent rien. Paupériser là-bas pour mieux s’enrichir ici. Pour qui tout le pétrole de l’Irak, du Nigeria, de la Libye, tout l’or du Ghana, d’Afrique du Sud ? Pourquoi le coût de production du coton burkinabé est-il le plus bas du monde ? Pourquoi la guerre au Mali puis en Centrafrique ?

Dépouiller insidieusement en incitant à consommer l’inutile, en créant du besoin là où le plaisir n’est même pas nécessaire. Personne n’y résiste car le mouvement du monde oblige à suivre ce que l’on croit utile à notre développement personnel et à notre intégration sociale.Je paie donc je peux. J’achète donc je suis. J’ai donc je jouis.

Les hommes ne s’estiment que par ce qu’ils ont et s’ignorent pour ce qu’ils sont.

[Texte extrait du livre Démocratie radicale contre diktacratie]

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Avec L'ère du vide, paru en 1983, le philosophe et sociologue Gilles Lipovetsky s'est imposé comme l'un des scrutateurs les plus aigus de l'«empire du rien» ainsi que des moeurs et coutumes des particules élémentaires qui le peuplent. Depuis, il continue de décrypter avec rigueur les nouveaux usages sociaux et leurs conséquences éthico-politiques, qu'il s'agisse de la gestion du temps et de l'espace, du luxe ou des médias. A la «post-modernité» selon Jean-François Lyotard, caractérisée par la fin des grands récits idéologiques et qui implique un dépassement du monde moderne, Lipovetsky a également opposé l'«hypermodernité», considérée comme une accentuation des traits originels de ce dernier : libéralisme, relativisme, scepticisme, hédonisme.

Dans Le Bonheur paradoxal, il explore plus particulièrement l'une de ces « puissances superlatives» : l'hyperconsommation, «cet empire sur lequel le soleil de la marchandise et de l'individualisme extrême ne se couche jamais». Accomplissement de l'égalitarisme démocratique, la nouvelle révolution consumériste abolit les distinctions d'âge, de sexe et de classe en un processus technique et symbolique remarquablement décrit par l'auteur. Le matérialisme intégral d'Homo consumans se satisfait du culte du corps et de l'instant, de la morale humanitaire, voire du bazar des spiritualités New Age, mais se montre impuissant face aux frustrations qui génèrent angoisse et violence. L'homme dépeint par Pascal, celui qui ne vit pas mais rêve de vivre ou qui préfère la chasse à la prise, continue assurément de se manifester au temps d'internet, des tribus et des foules solitaires.

Malgré ce constat, Gilles Lipovetsky est animé par une telle espérance qu'il dénonce les «paranoïaques» contempteurs de notre bel aujourd'hui, selon lesquels rien ne saurait être sauvé de cet univers où le logo, semble-t-il, a triomphé du logos. Simone Weil n'avait-elle pourtant pas raison d'affirmer que l'enfer, c'est de se croire au paradis par erreur ?

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